Déification de l’homme ou humanisation de « Dieu » ? _

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 Déification de l’homme ou humanisation de « Dieu » ? _

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A/ La tentation originelle

« Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des anges ou des immortels. Je suis pour vous, leur jura-t-il, un conseiller sincère.» (L’enceinte du paradis, 20-21)

Ainsi, le Noble Qoran nous apprend comment Satan le lapidé procéda avec les deux premiers humains pour les induire en erreur et les attirer vers le chemin de la désobéissance à leur Seigneur.
Arrêtons nous ici sur la nature de la promesse trompeuse qu’il leur fit miroiter. Si nous nous bornons à une lecture superficielle, on se contentera de dire qu’il leur fit espérer des « super pouvoirs » tentants, sans plus.

En prenant un peu plus de recul pour avoir une vision globale des choses, on s’apercevra alors qu’il leur propose de sortir de leur condition humaine pour accéder à des statuts qui ne sont pas les leurs, des espèces de divinités ou créatures immortelles.

L’arbre en question porte des fruits qui seraient porteurs de « pouvoirs » ou de connaissance inaccessibles à l’être humain. Et c’est en s’emparant des fruits de cet arbre que l’homme, selon la ruse de Satan, gagnerait une sorte d’émancipation à travers l’acquisition de ces « pouvoirs » et triompherait de sa condition.

B/ Chez les grecs

La mythologie grecque, païenne, reprend cette « tentation originelle » et va plus loin en avançant de manière explicite un véritable conflit entre l’être humain et le divin, plutôt les divinités dans ce contexte. Dans plusieurs tragédies, l’être humain est sanctionnée au travers d’épreuves et de douloureuses péripéties par les dieux pour ses rebellions et sa volonté de dépasser sa condition. Dans ce schéma, les « dieux » voient en l’être humain un danger potentiel à leur hégémonie et le ramène à sa condition chaque fois qu’il essaie de s’émanciper.
La symbolique de ce conflit atteint son apogée avec le fameux mythe de Prométhée. Prométhée est un titan (une espèce de proto-divinité) qui s’est permis d’apporter divers savoirs aux hommes, et en particulier le fameux « feu du ciel » symbolisant le summum de la connaissance. Ceci se fit à l’encontre de l’avis de Zeus qui, pour le punir, l’enchaîne quelque part dans les montagnes du Caucase pour se faire dévorer quotidiennement le foie par un aigle (le foie se régénérant à chaque fois).
On retrouve donc l’idée de transgression dans l’acquisition d’une « connaissance interdite » à l’être humain.
Ce mythe est cité en particulier car il constitue l’armature, le mythe fondateur de toute la pensée occidentale depuis la renaissance jusqu’au jour d’aujourd’hui.

C/ Chez les juifs et les chrétiens : l’humain au niveau de « dieu » ou le « dieu » fait humain ?

Bien que la dogmatique idolâtre ne soit pas explicite chez eux, on retrouve dans le rapport que les juifs ont avec « dieu » l’idée d’une relation d’égal à égal, dans laquelle les arrogants, qui se sont auto attribués des prérogatives exclusives, se permettent de réprimander « dieu », se fâcher contre lui lorsqu’ils n’ont pas ce qu’ils veulent, lui donner des injonctions, etc…
Ceci a commencé dès le lendemain de la libération du joug de pharaon:

« (Souvenez-vous) lorsque Moïse dit à son peuple : "Ô, mon peuple ! Rappelez-vous le bienfait de Dieu sur vous, lorsqu’Il a désigné parmi vous des prophètes. Et Il a fait de vous des rois. Et Il vous a donné ce qu’Il n’avait donné à nul autre aux mondes.
Ô mon peuple ! Entrez dans la terre sainte que Dieu vous prescrite. Et ne revenez point sur vos pas [en refusant de combattre] car vous retourneriez perdants.
Ils dirent : "Ô Moïse, il y a là un peuple de géants. Jamais nous n’y entrerons jusqu’à ce qu’ils en sortent. S’ils en sortent, alors nous y entrerons".
Deux hommes d’entre ceux qui craignaient Dieu et qui étaient comblés par Lui de bienfaits dirent : "Entrez chez eux par la porte; puis quand vous y serez entrés, vous serez sans doute les dominants. Et c’est en Dieu qu’il faut avoir confiance, si vous êtes croyants". Ils dirent : "Moïse ! Nous n’y entrerons jamais, aussi longtemps qu’ils y seront. Va donc, toi et ton Seigneur, et combattez tous deux. Nous restons là où nous sommes".
Il dit : "Seigneur ! Je n’ai de pouvoir, vraiment, que sur moi- même et sur mon frère : sépare-nous donc de ce peuple pervers". Il (Dieu) dit : "Eh bien, ce pays leur sera interdit pendant quarante ans, durant lesquels ils erreront sur la terre. Ne te tourmente donc pas pour ce peuple pervers". » (La table servie, 20-26)


De même que cette accusation directe d’avarice ( !!!!) :

« Et les Juifs disent : "La main de Dieu est fermée !" Que leurs propres mains soient fermées, et maudits soient-ils pour l’avoir dit. Au contraire, Ses deux mains sont largement ouvertes : Il distribue Ses dons comme Il veut. Et certes, ce qui a été descendu vers toi de la part de ton Seigneur va faire beaucoup croître parmi eux la rébellion et la mécréance.[…] » (La table servie, 64)

Et les exemples de cette arrogance criminelle abondent dans d’autres passages.

D’autre part, toutes les personnes qui ont eu l’occasion de consulter leurs écritures, leurs exégèses, et le talmud en particulier, en sont ressortis toutes retournées par les horreurs au sujet du Seigneur qu’on peut y trouver (on passe sur les infamies racontées sur les prophètes).

On terminera par quelques illustrations contemporaines de ce vil esprit en amenant des citations de certaines « personnalités »:

Daniel Farhi, rabbin du Mouvement juif libéral de France :
« Je reconnais Dieu, je m’adresse à lui mais, en même temps, je peux me révolter contre lui. Ainsi, la Shoah atteint ma foi dans un Dieu bon et providentiel. Bien sûr, il n’est pas cruel ni barbare, mais il peut y avoir un contentieux. Les juifs n’ont pas avec Dieu un rapport béni – oui – oui. D’ailleurs, nous le tutoyons. Alors qu’il s’apprête à détruire Sodome et Gomorrhe, Abraham l’engueule. En fait, sa responsabilité est d’avoir laissé sa toute – liberté à l’Homme.» (Marianne, 21/12/1998)

Note : l’appartenance à un courant libéral n’a aucune incidence sur l’esprit rebelle, commun à toutes les écoles (voir la remarque sur les anciens écrits et le talmud).

Le rabbin Assouline, rabbin à Paris
«Depuis la sortie d’Egypte, nous n’avons pas le droit de voir Dieu. Mais 99% des gens qui vont à la synagogue ne doutent pas de son existence. Comment, sinon, aurions – nous été créés ? C’est en posant des questions sur la marche de la Lune et du Soleil qu’Abraham est arrivé à la conclusion qu’il existait. Il est parfois trop sévère, mais Il pardonne tout. Si les choses ne vont pas bien, c’est notre faute. Je ne me mets jamais en colère contre Lui, mais il m’arrive de Lui dire: ça suffit ! Montre que nous sommes Tes enfants. » (Même source que précédemment).

Chez les chrétiens, l’humanisation de Dieu apparut très tôt après que le pouvoir romain s’eût accommodé avec le christianisme en y laissant l’empreinte de la culture gréco-romaine. Ainsi l’idée du « dieu » fait homme, puis plus tard la trinité, ne sont que des dérivées dogmatiques de la normalisation du « christianisme » originelle à la culture gréco-romaine. Dans la genèse, «Dieu » se repose au septième jour après six jours de création. Dans le dogme de la divinisation de Jésus, Jésus est à la fois « Dieu » et « fils de Dieu », un des grands « mystères » du christianisme. Un « dieu » qui se fait homme pour « ressentir » ce que ressentent les créatures. Le rapprochement avec les mythes grecs est édifiant : des humains, des divinités, des semi-divinités, des proto-divinités, des unions « divinité-humain », des créatures promues à une catégorie supérieure ou rétrogradées vers un statut inférieur selon les mérites ou les erreurs, etc..

Sans même aller plus loin, ce petit aperçu suffit à montrer que dans la culture judéo-chrétienne de manière générale, tous les ingrédients étaient réunis depuis des siècles pour produire la déflagration idéologique de la renaissance : la déification de l’homme n’est plus un saut conceptuel important car elle fait suite à une humanisation, un « rabaissement » de Dieu, un crime contre Ses attributs exclusifs.

« Il n’ont pas estimé Dieu comme Il devrait l’être alors qu’au Jour de la Résurrection, Il fera de la terre entière une poignée, et les cieux seront pliés dans sa [main] droite. Gloire à Lui ! Il est au-dessus de ce qu’ils Lui associent. » (Les groupes, 67)

« c’est Lui qui est Dieu dans le ciel et Dieu sur terre; et c’est Lui le Sage, l’Omniscient ! » (L’ornement, 84)

D/ La renaissance européenne, la philosophie humaniste et le positivisme

Après les premiers conciles de l’église romaine, une chape de plomb s’est abattue sur les adeptes du christianisme. Une autorité politico-religieuse arrêta les canons du dogme et s’arrogea le droit exclusif ne serait-ce que d’accéder aux textes et se posa comme intermédiaire entre les fidèles et Dieu, ce qui engendra d’autres déviances dans la dogmatique chrétienne, déviances liées au statut des hommes d’église. Les choses étaient strictement annoncées : en dehors de l’église, point de salut.

Les textes (« hadiths » chrétiens) furent compilés en latin, langue que seule une élite maîtrisait : les foules, elles, étaient accrochées à ce que voulaient bien leur dire, à différents niveaux, papes, cardinaux, archevêques, évêques, et curés.
Cette situation demeura ainsi jusqu’à la première révolution que fut le protestantisme, révolution dans laquelle les prérogatives exclusives des hommes d’église furent mises en cause, en particulier l’exclusivité de l’accès aux écritures. L’ampleur du danger fut immédiatement appréhendée, d’où la dureté extrême de la répression qui s’abattit sur les protestants durant les quelques siècles qui suivirent le séisme déclenché par le moine Luther. Malgré la répression, les brèches se multiplièrent et s’agrandirent, et le bateau prit l’eau de toute part.

Des plumes se levèrent ensuite pour passer de la dénonciation de la dictature de l’église seulement à la redéfinition de la hiérarchie entre la condition humaine et le divin.
Parallèlement, les progrès des sciences et des techniques commencèrent à se faire sentir à mesure que l’on basculait dans l’ère de la révolution industrielle : selon les philosophies mises en place alors, l’être humain était en train de « gagner son émancipation » en accord avec le fameux mythe de Prométhée.
Malgré la présence des travaux de précurseurs dès les 16 et 17ème siècles, le 18ème siècle, et en particulier sa fin, constitue le point de basculement véritable vers le foisonnement des doctrines dites humanistes (athées).

Dans ces philosophies, un soin particulier est apporté au fait de relier l’avancée de la science et le « besoin » ou non de religieux. Toute la manipulation consiste à installer chez les gens un réflexe « prométhéen » dans lequel l’amélioration de l’apprivoisement des ressources naturelles qu’amène le progrès technique et scientifique doit s’accompagner d’une redéfinition de la condition de l’homme, en particulier son rapport avec l’idée du divin.
C’est ainsi que l’on comprend pourquoi la remise au goût du jour de la tragédie grecque, de ses « héros » et grandes figures, n’est pas du tout innocente dans cette période de la renaissance. Même s’il y a une profusion des écoles de pensée issue des « lumières », toutes vont dans la direction du mythe prométhéen, de manière explicite ou implicite. Comme il serait trop laborieux de faire une revue exhaustive de celles-ci, concentrons nous sur une philosophie particulière, mais très représentative, qui illustre bien le procédé : la pensée d’Auguste Comte.

La doctrine de Comte, le positivisme, consiste en un recentrage de référentiel sur l’homme. Pour lui, l’homme est capable de mûrir seul, à travers les âges, pour définir ce qui est bénéfique ou non pour lui, tant au point de vue des individus que des groupes. Le bien de l’humanité se réalise à mesure que les sciences progressent et la confiance est placée de manière totale dans la raison humaine qui progresserait à travers les siècles. Dans ce schéma, la connaissance n’est véritablement tirée que des seuls recours aux faits et expérimentation dans la réalité.
En conséquence de ce point de vue, la religion est présentée comme partie intégrante d’un cheminement de l’humanité au cours de son histoire. Comte distingue trois grandes ères par lesquelles passe l’humanité :

· l’ère théologique ou « enfance de l’humanité », dans laquelle l’homme, encore en apprentissage, éprouve le besoin d’expliquer les phénomènes naturels par l’existence de divinités, entités surnaturelles. Ensuite, son cheminement le conduirait vers une divinité unique qui est l’aboutissement de cette première période.

· l’ère métaphysique ou « adolescence de l’humanité » : la/les divinité(s) est/sont remplacée(s) par des concepts abstraits tels que la nature, la raison, la matière, etc…Comte constate ici que, bien qu’il y ait des progrès par rapport à l’étape précédente, on peut encore critiquer l’existence de principes « premiers » universels dont partent les philosophes.

· l’ère positive. Etape ultime, symbole du mûrissement de l’humanité. La seule vérité réside dans le recours aux faits, à l’expérimentation et l’épreuve de la réalité.

La boucle est bouclée et le mythe prométhéen est traduit en socle idéologique qui va conditionner l’ordre mondial contemporain : l’homme accède au rang de « divinité » qui décide du bien (plutôt du « bénéfique ») et du mal (plutôt du « nocif »), le progrès dans l’acquisition émancipatrice de la connaissance l’aidant à s’enraciner dans ce statut.

Que ce soit ensuite les Darwin, Marx, Nietzsche et autres « figures », tous vont aller dans le même sens, quelque soit le terrain particulier sur lequel est appliqué le socle idéologique de base.

 

Quelques remarques et corollaires :

· Le but du propos n’est pas de montrer le ridicule des élucubrations sur lesquelles est construite l’idéologie en question. Elles se suffisent à elles-mêmes pour s’auto détruire aux yeux de toute personne ayant gardé une nature saine. Il convient de noter cependant une mystification particulièrement grossière : le monothéisme a toujours existé, côte à côte avec les religions païennes et les élucubrations philosophiques (et la Grèce antique en est un exemple criant). Ceci est difficilement réfutable et annihile complètement l’idée du cheminement de l’humanité décrite par le positivisme.

· Plus terre à terre : l’accusation d’arriérisme ou « conservatisme » (par opposition à progressisme) brandie par un peu tout le monde, du philosophe déjanté au premier déchet intellectuel et spirituel qui passe dans la rue, découle directement d’une lecture positiviste du monde (que ceux qui la brandissent en soit conscients ou pas). Arriéré signifie qui n’est pas encore arrivé à l’étape d’émancipation ultime de l’homme, celle où l’homme décide de lui-même le « bon » et le « nocif », de manière contingente.

· Pour revenir au « positivisme », on comprend alors les fondements philosophiques derrière les lois dites « positives » (al qawaniin al wadh3iya). Les « bonnes » lois sont celles qui marchent dans la situation, la période présente, et qui assurent un fonctionnement pragmatique d’un collectif humain donné. Par fonctionnement pragmatique, on entend une gestion des intérêts des individus telle qu’ils n’empiètent pas les uns sur les autres (ce qui conduirait à la destruction du collectif en question). Ceci renvoie à l’idée du contrat social tant discutée par les idéologues des « lumières » (Rousseau, Locke, etc…). Pour faire simple, on dira que le contrat social représente une sorte de convention collective qui est sensée permettre à une société de « tenir debout ». Le référentiel absolu, le divin est exclu des bases de cette convention, en accord avec le recentrage sur l’homme qui découle du positivisme et de l’humanisme. Ce qui importe ici, c’est l’homme avant tout, son « bien-être », son « émancipation », c’est en réalité le fait d’ériger les passions, instincts, désirs, ambitions humain(e)s comme ingrédients primordiaux dans l’équation définissant le contrat social.
La satisfaction des prescriptions divines, la prise en compte de la norme divine, les injonctions divines comme axiomes fondamentaux, tout ceci est exclu du débat, en accord avec l’émancipation prométhéenne.

On ne peut que constater où nous a amené cette révolution prométhéenne odieuse aujourd’hui et comment la courte vue de l’homme, la limitation de sa raison, la dictature de ses passions, ont produit des dégâts incommensurables : l’absence d’un ordre moral où la définition du bien et du mal est tirée du référentiel absolu des enseignements (textes révélés authentiques) de Dieu aux hommes, la disparition de dogmes fixes et immuables, etc… tout ceci a entraîné des maux divers à travers lesquels l’humanité goûte amèrement aux conséquences de la prise de pouvoir de « l’homme-dieu » sur la destinée des nations (pour un temps que Seul Dieu connaît, bien que des signes actuels indiquent la fin de ce cycle calamiteux). Les maux générés sont tellement nombreux, énormes, qu’il est inconcevable de prétendre faire une liste exhaustive mais on citera pêle-mêle : la dégradation des valeurs morales de manière générale, la destruction du tissu social et de la cellule familiale, le pullulement des maladies psychiques, la perte des repères, le libre cours à la voracité, la gourmandise dans l’exploitation des ressources naturelles (certains impacts sur l’environnement sont irréversibles), la surexploitation des ressources terrestres pour des besoins futiles et non nécessaires, pour seul but d’enrichissement en poussant les gens au consumérisme.

Par Abu Dujana Salaheddin – Thabaat (c), publié sur le site Al Mourabitoune.

 

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